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Surendettement : explosion des dossiers chez les jeunes Français

Le surendettement des jeunes Français
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La photographie sociale et financière publiée le 17 février par la Banque de France confirme une tendance préoccupante : le surendettement en France repart à la hausse, et les jeunes adultes en deviennent l’un des principaux moteurs. En 2025, 148 013 dossiers ont été déposés, soit une progression de 9,8 % sur un an, après déjà +10,8 % entre 2023 et 2024. Au-delà du volume global, c’est la dynamique générationnelle qui interpelle : en trois ans, la part des 18-29 ans parmi les personnes concernées a plus que doublé. Dans un contexte d’inflation persistante, de précarité professionnelle et d’essor des nouveaux produits de crédit, le surendettement des jeunes devient un signal économique fort. Analyse détaillée d’un phénomène qui dépasse la seule dimension sociale pour toucher aux équilibres financiers nationaux.

📊 La nouvelle ligne de fracture financière

La montée en puissance des 18-29 ans dans les dossiers de surendettement constitue l’évolution la plus marquante. En 2022, cette tranche d’âge représentait 5 % des situations recensées ; en 2025, elle atteint 12 %. Surtout, leur poids dans les nouveaux dépôts est significatif : « la part des 18-29 ans représente 36 % des dossiers au global, avec 17 000 dossiers déposés en 2025, contre 12 500 en 2024 », précise Hélène Arveiller, directrice adjointe des services aux particuliers à la Banque de France.

Ce basculement générationnel s’inscrit dans un environnement économique contraint. Les jeunes concernés cumulent des fragilités structurelles : 62 % sont employés ou ouvriers, souvent dans des postes faiblement rémunérés, 37 % sont au chômage et près d’un quart est hébergé gratuitement, notamment chez leurs parents. Les femmes sont également surreprésentées, constituant 59 % des dossiers dans cette tranche d’âge.

Au total, l’encours des dettes traitées dans le cadre du surendettement atteint désormais 5 milliards d’euros, en hausse de 11 % sur un an. La composition de ces dettes révèle la nature du risque : les crédits à la consommation représentent 44 % des montants, devant les dettes immobilières (26 %), les autres dettes telles que découverts ou amendes (17 %) et les charges courantes liées au logement et aux services essentiels (13 %).

Un phénomène mérite une attention particulière : la progression des paiements fractionnés et des mini-crédits. Ces solutions, souvent souscrites en ligne, constituent 13 % des dettes de crédit à la consommation. « Ils concernent fortement les jeunes, notamment via les paiements en ligne », souligne Hélène Arveiller. Selon une enquête de l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution, la souscription à ces crédits a bondi de 40 à 50 % entre 2020 et 2021. Leur encadrement évoluera à partir du 20 novembre 2026, avec l’obligation d’une analyse de solvabilité préalable, même si le régime restera allégé.

Derrière ces chiffres, c’est un modèle de consommation qui se transforme : accès facilité au crédit court terme, digitalisation des parcours, banalisation du paiement différé. Autant de facteurs qui, combinés à des revenus instables et à la hausse du coût de la vie, fragilisent les trajectoires financières des jeunes ménages.

📈 Un signal dans un contexte inflationniste

L’augmentation continue des dossiers (+9,8 % en 2025 après +10,8 % l’année précédente) traduit une dégradation progressive du climat économique. La Banque de France souligne avoir renforcé sa visibilité auprès des jeunes publics, notamment via les réseaux sociaux et la dématérialisation des procédures de dépôt en ligne, très utilisée par les moins de 30 ans. Cette meilleure accessibilité explique en partie la hausse des dossiers, mais elle ne saurait masquer la pression économique réelle.

L’inflation récente, la difficulté d’accès au premier emploi stable et la tension sur le marché du logement constituent des facteurs aggravants. Le coût des charges contraintes – énergie, transport, communication – pèse proportionnellement davantage sur des revenus modestes ou intermittents. Le surendettement des jeunes devient ainsi un indicateur avancé de fragilité sociale et un baromètre de l’inclusion bancaire.

Sur le plan financier, la montée des encours à 5 milliards d’euros interroge également les établissements de crédit. L’essor des micro-financements et du “buy now pay later” a élargi l’accès au crédit mais a fragmenté le risque, rendant plus complexe son évaluation globale. L’encadrement réglementaire à venir vise précisément à corriger cette asymétrie d’information.

Le surendettement ne relève donc plus seulement d’accidents de parcours individuels ; il s’inscrit dans une dynamique macroéconomique où précarité, digitalisation du crédit et inflation interagissent.

👁 L’œil de l’expert

L’accélération du surendettement des 18-29 ans constitue un signal d’alerte structurel pour l’économie française. Elle révèle une tension croissante entre accès facilité au crédit et fragilité des revenus d’entrée dans la vie active.

À court terme, l’encadrement renforcé des paiements fractionnés devrait limiter les dérives les plus rapides. À moyen terme, le véritable enjeu reste l’amélioration de la solvabilité structurelle des jeunes actifs : emploi stable, progression salariale et maîtrise des charges contraintes.

Car derrière les 148 013 dossiers déposés en 2025, c’est la soutenabilité financière des débuts de parcours professionnels qui se joue — et, plus largement, la solidité du modèle d’inclusion bancaire français.

Written by
Fabien Monvoisin

Des années d’expérience et d’expertises financières, Fabien MONVOISIN est PDG du Groupe Win’Up composé de 4 enseignes spécialisées dans le regroupement de crédits, son ambition aujourd’hui est de décrypter l’actualité économique et financière dans l’objectif d’éclairer tous les Français

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