Dans un contexte géopolitique durablement tendu, Thales s’impose comme l’un des grands gagnants de la montée en puissance des budgets de défense. Le groupe français d’électronique et de technologies critiques affiche une dynamique de croissance exceptionnelle sur le plan de l’emploi, portée par les investissements massifs des États européens et occidentaux. Résultat : 9 000 embauches prévues en 2026 dans le monde, dont 3 300 en France, et un afflux record de candidatures. Derrière ces chiffres spectaculaires se dessine une transformation économique profonde de l’industrie de défense française.
🛡️ Un moteur économique à plein régime
La stratégie de recrutement de Thales reflète une recomposition structurelle des priorités industrielles. Plus de la moitié des recrutements français programmés en 2026 concerneront directement la défense, un secteur redevenu central depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine. Cette dynamique dépasse toutefois le seul champ militaire.
Comme l’explique Clément de Villepin, directeur des ressources humaines du groupe, au quotidien Ouest-France, « nous progressons sur l’ensemble de nos activités : la défense, mais aussi l’aérospatial, la cybersécurité et le digital ». Une déclaration qui souligne la diversification stratégique de Thales, capable de capter les flux d’investissements publics tout en consolidant ses relais de croissance technologique.
Sur le plan économique, l’effort est massif : après 8 800 recrutements en 2025, le groupe maintient un rythme moyen proche de 8 000 embauches annuelles sur cinq ans, confirmant une trajectoire de long terme. En France, la répartition géographique illustre l’ancrage industriel national, avec une forte concentration en Île-de-France, mais aussi une présence renforcée dans les régions à forte spécialisation technologique et industrielle.
Les profils recherchés traduisent également la montée en gamme du secteur. Environ 40 % des nouveaux entrants seront affectés à l’ingénierie, notamment en cybersécurité, intelligence artificielle, logiciels et data, tandis que 25 % rejoindront les métiers industriels, des opérateurs aux ingénieurs de production. Cette orientation confirme que la croissance de la défense s’accompagne d’une sophistication technologique accrue, à forte valeur ajoutée.
À l’international, Thales déploie la même logique, avec des recrutements significatifs au Royaume-Uni, en Amérique du Nord, en Australie et aux Pays-Bas, autant de zones où les dépenses militaires et de sécurité progressent rapidement.
L’attractivité du groupe atteint par ailleurs des niveaux records : 1,4 million de candidatures reçues en 2025, contre un million l’année précédente. Un chiffre qui dépasse largement les standards du secteur industriel et illustre la revalorisation économique et symbolique des métiers de la défense.
Cette dynamique est désormais accompagnée par les pouvoirs publics. Le ministère du Travail a annoncé la création d’une cellule spéciale au sein de France Travail, pilotée par un général, afin de soutenir les recrutements massifs dans l’industrie de défense, un secteur appelé à générer plusieurs dizaines de milliers d’emplois dans les prochaines années.
👁️ L’œil de l’expert
La trajectoire de Thales illustre une réalité économique désormais assumée : la défense est redevenue un pilier stratégique de la croissance industrielle française. Au-delà des chiffres d’embauche, c’est toute une chaîne de valeur — ingénierie, cybersécurité, numérique, production — qui bénéficie de la réorientation des dépenses publiques. À moyen terme, le défi ne sera pas la demande, mais la capacité du marché du travail à fournir des compétences rares, dans un contexte de concurrence internationale accrue. La bataille de la défense se joue désormais autant sur les budgets que sur les talents.

