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Faillites d’entreprises : la France franchit le seuil critique des 70 000 défaillances en 2025

Le nombre de faillites explose en 2025 en France
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Un choc silencieux pour l’économie française, entre trésoreries sous tension et fin des amortisseurs publics. L’année 2025 s’impose comme un point de rupture pour le tissu entrepreneurial français. Selon une étude publiée par le cabinet Altares, près de 70 000 entreprises ont été placées en procédure collective sur douze mois, un niveau jamais atteint jusqu’ici. Derrière ce chiffre spectaculaire se cache une réalité économique plus complexe : une inflation désormais contenue, mais une croissance trop faible pour absorber la hausse des coûts, la normalisation du crédit et le retrait progressif des soutiens publics.

Cette vague de défaillances ne traduit pas un effondrement brutal, mais plutôt l’addition différée de fragilités anciennes, longtemps masquées par les dispositifs d’urgence post-Covid. Sauvegardes, redressements et liquidations judiciaires dessinent désormais un paysage économique plus exposé, où la trésorerie est redevenue le nerf de la guerre.

📊 Trésoreries asphyxiées, entreprises fragilisées

Contrairement aux idées reçues, la flambée des faillites ne s’explique pas par un choc inflationniste incontrôlé. Elle résulte d’un déséquilibre macroéconomique plus subtil, comme le souligne Thierry Millon, directeur des études chez Altares. Selon lui, « l’économie française a évolué dans un cadre paradoxal associant inflation maîtrisée, croissance atone et finances publiques sous tension, sur fond de tensions géopolitiques ».

Ce cocktail a nourri un climat d’incertitude durable, particulièrement pénalisant pour les PME et les entreprises intermédiaires. Pour préserver leur activité, nombre d’acteurs ont étiré leurs délais de paiement, transférant la contrainte financière tout au long de la chaîne économique. Résultat : une montée du risque de liquidité, transformée en risque de solvabilité pour les structures les plus vulnérables.

Fait marquant de l’année 2025 : la dégradation touche désormais des entreprises de taille significative. Les sociétés employant plus de 100 salariés ont vu leurs défaillances progresser fortement, signal clair que la crise ne se limite plus aux très petites structures. L’industrie manufacturière, fortement dépendante des coûts de production et des volumes, figure parmi les secteurs les plus exposés, tout comme certaines activités à vocation sociale, sensibles à la demande intérieure et aux arbitrages budgétaires de l’État.

Les conséquences sur l’emploi sont immédiates. Près de 270 000 postes sont aujourd’hui considérés comme menacés, traduisant un impact macroéconomique bien supérieur aux seules statistiques judiciaires. Toutefois, quelques signaux d’accalmie émergent : la fin d’année 2025 a vu un léger ralentissement du rythme des liquidations, et certains secteurs cycliques comme la construction ou le transport de marchandises amorcent un redressement timide.

Pour autant, les défis structurels restent nombreux. Besoins en fonds de roulement élevés, perturbations logistiques persistantes, mise en œuvre du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) et généralisation prochaine de la facturation électronique constituent autant de nouveaux coûts d’adaptation pour les entreprises. Thierry Millon évoque bien « l’espoir d’un léger repli » des défaillances en 2026, mais prévient que l’environnement restera contraint tant que la visibilité économique ne sera pas restaurée.

👁 L’œil de l’expert : une crise de sélection

La vague de faillites observée en 2025 ne doit pas être analysée comme un effondrement généralisé, mais comme une phase de normalisation brutale après des années de soutien artificiel. L’économie française entre dans un cycle de sélection plus exigeant, où seules les entreprises disposant de marges, de capitaux et de modèles robustes pourront absorber les chocs réglementaires, financiers et géopolitiques.

La question centrale pour 2026 ne sera donc pas seulement le nombre de défaillances, mais la capacité des entreprises à se recapitaliser, à investir et à retrouver de la productivité. Sans amélioration durable de la croissance et de la visibilité économique, le risque est clair : voir cette hécatombe se transformer en frein structurel à l’emploi et à l’investissement.

Written by
Fabien Monvoisin

Des années d’expérience et d’expertises financières, Fabien MONVOISIN est PDG du Groupe Win’Up composé de 4 enseignes spécialisées dans le regroupement de crédits, son ambition aujourd’hui est de décrypter l’actualité économique et financière dans l’objectif d’éclairer tous les Français

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