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Épargne des Français : guerre totale pour capter un trésor de 6 600 Mds €

Epargne: une guerre totale entre les acteurs
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Jamais l’épargne des ménages français n’a suscité autant de convoitises. Dans un contexte économique incertain, marqué par les inquiétudes sur la retraite, l’inflation et la valorisation des actifs, banques, assureurs, fintechs et conseillers en gestion de patrimoine (CGP) livrent une bataille stratégique sans précédent. Promotions agressives, rendements bonifiés, rachats d’acteurs et digitalisation accélérée : tous veulent capter une part d’un stock d’épargne qui dépasse désormais 6 596 milliards d’euros, soit plus de deux fois le PIB français.

📊 Un magot qui attise les appétits

Le point de départ de cette offensive généralisée est chiffré : l’épargne française atteint un niveau historique. Selon France Assureurs, la collecte nette de l’assurance-vie a culminé à 50,6 milliards d’euros en 2025, un sommet inédit depuis 2010. Les encours totaux de ce placement phare frôlent désormais 2 107 milliards d’euros, soit près d’un tiers du patrimoine financier des ménages.

Cette dynamique s’explique par un réflexe de précaution renforcé. Les Français, traditionnellement épargnants, ont accru leurs arbitrages vers des supports perçus comme sécurisés ou fiscalement efficaces. À cela s’ajoute la montée en puissance des offres commerciales offensives : fonds en euros affichant jusqu’à 4 % ou 5 % sur une année, livrets bancaires boostés temporairement à 5 %, ou encore baisse marquée des frais d’entrée.

Un marché d’autant plus attractif qu’il génère des revenus récurrents. Comme le résume Guillaume Roux, directeur chez Oliver Wyman, « la gestion et la distribution de produits financiers sont très rémunératrices car elles reposent sur des commissions, dont une large part est récurrente ». Résultat : le secteur croît structurellement d’environ 4 % par an, tout en démontrant une forte résilience aux crises.

📱 Assureurs, mutuelles, CGP et fintechs : recomposition du paysage

Face à ce pactole, les assureurs traditionnels ont enclenché une contre-offensive. En améliorant significativement les rendements servis sur les fonds en euros, ils cherchent à enrayer la concurrence et à repositionner l’épargne comme un levier central de croissance. « La majorité des compagnies font désormais de l’épargne un axe stratégique prioritaire », observe Matthieu Sainton, associé chez Eurogroup Consulting.

Mais la rupture vient surtout de nouveaux entrants. Les mutuelles, confrontées à l’érosion de la rentabilité en santé et en assurance dommages, accélèrent leur diversification. Rachats emblématiques à l’appui – Matmut avec l’assurance-vie de HSBC France, ou Malakoff Humanis avec Unofi – elles investissent massivement le champ patrimonial. Leur stratégie est claire : contrôler la distribution. Ainsi, plusieurs ont acquis des réseaux de CGP afin d’accéder directement aux épargnants.

Les conseillers en gestion de patrimoine, longtemps marginaux, gagnent du terrain. Leur part dans la collecte d’assurance-vie est passée d’environ 3–4 % il y a vingt ans à près de 12 % aujourd’hui, selon David Charlet, président de l’Anacofi. Ce succès attire les fonds d’investissement, qui consolident le secteur pour créer de véritables champions, à l’image de Premium, Cyrus-Herez ou Crystal, affichant désormais des encours comparables à ceux de banques privées.

En parallèle, la digitalisation de l’épargne bouleverse les usages. Des acteurs en ligne comme Trade Republic, Yomoni ou Nalo séduisent une clientèle plus jeune grâce à des frais réduits, l’accès facilité aux ETF et l’attrait croissant pour les cryptomonnaies. « Le boom du bitcoin et la démocratisation des ETF parlent clairement aux nouvelles générations », souligne Xavier Prin, directeur marketing de BoursoBank.

🏦 Les banques en riposte pour défendre leurs encours

Historiquement dominantes, les banques conservent encore environ 60 % des encours sur les principaux produits d’épargne. Mais leur position est désormais contestée. « Face à l’agressivité commerciale des CGP et à la créativité des nouveaux acteurs, elles n’ont plus le choix : elles doivent s’adapter », analyse Thierry Mennesson, associé chez Oliver Wyman.

La riposte s’organise sur plusieurs fronts : acquisitions ciblées, modernisation des parcours clients, montée en gamme sur la banque privée et concentration sur les patrimoines intermédiaires, compris entre 75 000 et 500 000 euros. BNP Paribas, BPCE, Société Générale ou encore Crédit Agricole multiplient les initiatives, conscientes que l’épargne est à la fois un outil de fidélisation, un canal de conquête et une source essentielle de refinancement, notamment pour le crédit immobilier.

L’enjeu est aussi générationnel. « Environ 3 000 milliards d’euros d’épargne seront transmis par héritage dans les trente prochaines années », rappelle Matthieu Sainton. Les acteurs qui manqueront ce virage risquent une marginalisation durable.

👁 L’œil de l’expert

La bataille actuelle autour de l’épargne française dépasse la simple guerre commerciale : elle marque une reconfiguration structurelle du système financier. Dans un marché profond, rentable et en croissance, la clé du succès réside désormais dans la maîtrise de la distribution, la personnalisation du conseil et la capacité à capter les nouvelles générations d’épargnants. Banques, assureurs et fintechs jouent une partie décisive : ceux qui échoueront à s’adapter pourraient voir ce trésor de 6 600 milliards d’euros leur échapper durablement.

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