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Crédit immobilier : les banques veulent assouplir la règle des 35 %

Un couple face au refus de crédit immobilier
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L’accès au crédit immobilier pourrait-il bientôt évoluer ? Alors que les taux de financement remontent progressivement et que le marché immobilier reste sous pression, les banques françaises demandent davantage de liberté pour financer certains ménages. Au cœur du débat : la règle du Haut Conseil de stabilité financière (HCSF) qui limite à 35 % le taux d’effort des emprunteurs et encadre à 25 ans la durée maximale des crédits immobiliers. La Fédération bancaire française (FBF) demande désormais de supprimer le caractère contraignant de ces règles, estimant qu’elles peuvent écarter certains profils pourtant capables d’assumer financièrement leur projet.

La règle des 35 % au cœur du débat entre banques et régulateur

Le principe est simple : lorsqu’une banque étudie une demande de prêt immobilier, elle doit normalement veiller à ce que l’ensemble des charges de crédit de l’emprunteur ne dépasse pas 35 % de ses revenus, assurance emprunteur comprise. La durée du financement est également plafonnée à 25 ans, avec certaines possibilités de différé dans des situations spécifiques. Ce cadre constitue aujourd’hui l’un des principaux garde-fous du marché du crédit immobilier. Les établissements disposent toutefois d’une marge de flexibilité pouvant représenter jusqu’à 20 % de leur production trimestrielle de nouveaux crédits. Une partie importante de cette enveloppe est destinée aux acquisitions de résidence principale et aux primo-accédants. Pour la FBF, le problème se situe précisément dans le caractère contraignant de ce dispositif. Dans sa contribution publiée le 28 septembre 2026, l’organisation bancaire considère que le plafond de 35 % peut conduire à une approche trop administrative du risque. Certains ménages peuvent en effet dépasser légèrement ce seuil tout en conservant un reste à vivre important, notamment lorsque leurs revenus sont élevés ou que leurs charges courantes restent maîtrisées. À l’inverse, respecter mécaniquement les 35 % ne signifie pas automatiquement qu’un dossier sera accepté : chaque banque conserve sa propre analyse de solvabilité et prend en compte la stabilité des revenus, l’apport, la tenue des comptes, les charges et la nature du projet. Cette revendication intervient dans un marché qui a retrouvé une partie de son activité mais reste confronté à un coût du financement supérieur à celui observé avant le retournement des taux. En juillet 2026, le taux moyen des nouveaux crédits à l’habitat hors renégociations atteignait 3,30 %, contre 3,27 % en juin, tandis que la production mensuelle s’établissait à 11 milliards d’euros. La durée moyenne des nouveaux prêts atteignait parallèlement 22 ans et 8 mois. Le sujet de la solvabilité devient donc central. Un ménage qui se situe juste au-dessus du seuil réglementaire peut aujourd’hui se retrouver écarté du financement malgré une situation financière qui pourrait être jugée solide sur d’autres critères. C’est notamment le cas de certains primo-accédants, dont les revenus peuvent être encore relativement faibles en début de carrière, mais aussi de ménages disposant d’un patrimoine, d’un reste à vivre ou de perspectives financières susceptibles d’améliorer leur situation. Le débat ne porte donc pas uniquement sur la capacité des banques à prêter davantage, mais sur leur capacité à apprécier le risque au-delà d’un ratio unique. Cette problématique s’inscrit d’ailleurs dans la continuité des dernières décisions du HCSF. Réuni le 15 septembre 2026, celui-ci a confirmé le maintien du cadre actuel : 35 % de taux d’effort, 25 ans de durée maximale et une flexibilité pouvant atteindre 20 % de la production. Au deuxième trimestre, les banques avaient utilisé 18,1 % de cette marge, contre 16 % un an auparavant.

Un crédit immobilier plus souple, ça changerait quoi ?

Une modification du cadre HCSF pourrait avoir des conséquences concrètes sur le marché immobilier. En permettant aux banques d’apprécier davantage les situations individuelles, elle pourrait notamment élargir le nombre de dossiers susceptibles d’être financés sans nécessairement remettre en cause les critères de prudence bancaire. L’enjeu est particulièrement important dans un contexte où le pouvoir d’achat immobilier reste contraint par le niveau des taux et par des prix qui demeurent élevés dans de nombreux territoires. La demande d’assouplissement portée par les banques rejoint ainsi celle exprimée par plusieurs acteurs du logement. La Fédération française du bâtiment a récemment appelé à davantage de souplesse autour des règles du HCSF, considérant que le cadre actuel limite encore l’accès au financement. Pour les emprunteurs, il faut toutefois éviter une lecture trop simple du débat. Un éventuel assouplissement ne signifierait pas que les banques accepteraient systématiquement les dossiers dépassant 35 %. Il modifierait surtout leur capacité à sélectionner certains dossiers présentant un profil de risque jugé acceptable. La banque continuerait à analyser les revenus, les charges, l’apport, la stabilité professionnelle, la gestion bancaire et le reste à vivre. Dans cette logique, la capacité d’emprunt ne se résume jamais à un seul pourcentage. C’est précisément ce qui explique l’importance croissante de l’analyse globale du budget des ménages. Cette question concerne également les opérations de regroupement de crédits, pour lesquelles l’objectif peut être de restructurer plusieurs mensualités afin de retrouver un équilibre budgétaire plus cohérent. Dans ce type de financement, l’analyse de la situation financière ne peut pas se limiter au niveau des revenus : la structure des dettes, les charges récurrentes, le patrimoine et le reste à vivre constituent également des éléments déterminants. Le maintien des règles HCSF confirme donc que le marché immobilier français reste encadré, alors même que les banques souhaitent davantage de liberté dans l’appréciation du risque. Cette actualité fait écho à notre analyse publiée récemment sur le maintien du cadre du HCSF en 2026, qui détaillait déjà les conséquences du plafond de 35 %, de la durée maximale de 25 ans et de l’utilisation croissante de la marge de flexibilité.

L’œil de l’expert

Le débat autour de la règle des 35 % révèle une évolution importante du marché du crédit immobilier : après avoir longtemps été dominé par la question des taux, l’accès au financement dépend désormais fortement de la capacité des banques à apprécier finement la solvabilité des ménages. Le ratio d’endettement reste un indicateur essentiel, mais il ne suffit pas toujours à traduire la réalité financière d’un emprunteur. La demande formulée par la Fédération bancaire française ouvre donc une réflexion sur l’équilibre entre protection des ménages, maîtrise du risque bancaire et capacité à financer les projets immobiliers. Pour les particuliers, le message est surtout clair : dans un marché où les taux restent élevés et où les règles prudentielles demeurent strictes, la qualité du dossier financier est déterminante. Revenus, charges, apport, gestion bancaire et reste à vivre doivent être analysés ensemble. Une éventuelle évolution des règles pourrait apporter davantage de souplesse, mais elle ne supprimerait pas l’exigence fondamentale des banques : financer des projets compatibles avec la situation financière réelle de l’emprunteur.

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Written by
Fabien Monvoisin

Des années d’expérience et d’expertises financières, Fabien MONVOISIN est PDG du Groupe Win’Up composé de 4 enseignes spécialisées dans le regroupement de crédits, son ambition aujourd’hui est de décrypter l’actualité économique et financière dans l’objectif d’éclairer tous les Français

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