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Économie française : 2026 et 2027 s’annoncent difficiles

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L’économie française aborde la rentrée 2026 avec une accumulation de signaux préoccupants. Croissance en recul, investissement des entreprises en baisse, pouvoir d’achat sous pression, destructions d’emplois et finances publiques toujours fragiles : le diagnostic dressé par Éric Heyer, directeur du département Analyse et Prévision de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), est particulièrement sévère. Dans un entretien publié le 7 septembre, l’économiste estime que « tous les voyants sont au rouge ». Le constat mérite toutefois d’être précisé. La France n’est pas, à ce stade, plongée dans une récession généralisée. L’OFCE observe au contraire une situation beaucoup plus particulière : une économie qui continue de fonctionner, mais dont la croissance reste très inférieure à son potentiel. Selon Éric Heyer, l’activité devrait progresser seulement de 0,1 % à 0,2 % par trimestre, alors que le potentiel spontané de l’économie française se situe autour de 1,2 % à 1,3 % par an. Cette faiblesse intervient surtout au moment où la France doit simultanément réduire son déficit public, contenir sa dette, financer davantage sa défense, absorber les conséquences de la situation géopolitique et préserver le pouvoir d’achat des ménages. C’est cette combinaison qui constitue aujourd’hui le véritable sujet économique.

Une croissance bien trop faible

Le premier signal d’alerte concerne la croissance. Le PIB français a reculé de 0,2 % au premier trimestre 2026, selon le diagnostic repris par Éric Heyer. Le phénomène ne signifie pas que l’ensemble de l’économie française est à l’arrêt. Il traduit plutôt une forte hétérogénéité entre les secteurs. L’agriculture et la construction concentrent une partie importante des difficultés observées au premier semestre. L’agriculture, qui ne représente qu’une faible part du PIB, aurait enregistré un recul proche de 7 % sur le semestre, tandis que la construction reste particulièrement pénalisée. Cette situation est importante pour comprendre le paradoxe actuel. Les enquêtes de conjoncture peuvent donner une impression moins dégradée que les statistiques de production, notamment parce que certains secteurs en grande difficulté, comme l’agriculture, sont moins représentés dans les indicateurs de climat économique. À l’inverse, l’industrie manufacturière affiche encore une progression de 0,8 % sur le semestre selon l’analyse de l’OFCE relayée par Éric Heyer.

Le problème français se situe donc moins dans l’effondrement généralisé de l’activité que dans l’insuffisance de la demande et dans la faiblesse persistante de plusieurs moteurs de croissance. L’investissement des entreprises constitue à cet égard un indicateur particulièrement stratégique. Lorsqu’une entreprise reporte un investissement, elle ne renonce pas nécessairement définitivement à son projet. Elle attend souvent davantage de visibilité sur les taux d’intérêt, la fiscalité, la demande future ou encore le contexte politique. Mais lorsque ces reports se multiplient, ils finissent par peser sur la productivité, la modernisation de l’appareil productif et la capacité de l’économie à générer de la croissance. L’OFCE identifie précisément cette difficulté : les entreprises sont confrontées à des coûts élevés, à des conditions de financement moins favorables qu’auparavant et à un manque de visibilité économique. Le niveau des taux d’intérêt reste notamment un élément déterminant dans les arbitrages d’investissement.

Le marché du crédit est directement concerné. Pour une entreprise, le coût du financement constitue une composante du calcul de rentabilité d’un investissement. Pour un ménage, il intervient dans la décision d’acheter un logement, de financer des travaux ou de souscrire un crédit à la consommation. Lorsque les taux restent élevés alors que la visibilité économique se dégrade, les agents économiques ont tendance à différer leurs décisions. Cette prudence est précisément ce qui peut entretenir une croissance faible. Le précédent article publié par CreditNews sur la révision des perspectives françaises permet de mesurer l’évolution du phénomène. En juin 2026, nous analysions déjà la décision de la Banque de France de revoir fortement à la baisse sa prévision de croissance pour 2026, dans un contexte marqué par les tensions géopolitiques, les prix de l’énergie, le ralentissement de l’investissement et les difficultés du marché immobilier. Croissance française 2026 : la Banque de France revoit ses prévisions à la baisse.

Quelques mois plus tard, le diagnostic de l’OFCE montre que le problème dépasse désormais la seule question des prévisions de PIB. C’est l’ensemble du cycle économique qui manque de dynamisme. 

Le deuxième point de vigilance concerne les ménages. Le pouvoir d’achat devrait reculer de 0,3 % en 2026 selon les éléments cités par Capital à partir du diagnostic de l’OFCE et des données de l’Insee. Cette évolution est particulièrement importante dans une économie où la consommation des ménages constitue un moteur essentiel de l’activité. Une consommation qui résiste ne signifie d’ailleurs pas nécessairement que les ménages vont bien. Éric Heyer souligne que la consommation s’est maintenue parce qu’une partie des ménages a puisé dans son épargne. C’est un élément central de la situation actuelle. Pendant les périodes de forte inflation, les ménages ont souvent réduit leur consommation parce que la hausse des prix comprimait directement leur revenu disponible. En 2026, la mécanique est différente. L’inflation devrait rester proche de 2 %, mais les ménages restent confrontés à un niveau de prix durablement supérieur à celui d’avant les chocs inflationnistes. La stabilisation de l’inflation ne signifie donc pas un retour des prix à leur niveau antérieur. Cette distinction est fondamentale pour comprendre le comportement des consommateurs. Un ménage peut constater que l’inflation ralentit tout en ayant le sentiment que son budget reste sous tension. Les dépenses contraintes, les charges de logement, les assurances, l’énergie, les transports et les remboursements de crédits continuent de peser sur le revenu disponible. Dans ce contexte, l’épargne devient un amortisseur. Mais cet amortisseur n’est pas illimité. Si les ménages utilisent progressivement leur épargne pour maintenir leur niveau de consommation, leur capacité à absorber un nouveau choc économique diminue. C’est pourquoi l’évolution du taux d’épargne doit être observée avec autant d’attention que celle de la consommation. Le marché du crédit est lui aussi concerné. Un ménage dont le budget se tend peut chercher à réduire ses mensualités, à réorganiser ses charges financières ou à reporter certains projets. Dans le cas du regroupement de crédits, cette situation peut également modifier la nature des demandes : la problématique n’est plus nécessairement de financer une nouvelle consommation, mais de retrouver de la capacité budgétaire. La faiblesse de la croissance française se retrouve ainsi directement dans les arbitrages financiers des ménages.

Le troisième signal est celui de l’emploi. Selon Éric Heyer, le chômage devrait continuer à progresser dans les prochains mois. La raison est mécanique : lorsque la croissance reste inférieure aux gains de productivité, les entreprises peuvent produire davantage avec moins de travail. L’OFCE estime ainsi que l’économie française pourrait détruire environ 0,8 % des emplois avec une croissance de seulement 0,5 % à 0,6 %. La hausse de la population active accentuerait ensuite mécaniquement la progression du chômage. Ce phénomène constitue probablement l’un des principaux risques pour les prochains trimestres. Un marché du travail moins dynamique agit directement sur la confiance des ménages. Un salarié qui craint pour son emploi reporte plus facilement un achat important, une acquisition immobilière ou un projet financé à crédit. Un demandeur d’emploi réduit généralement sa capacité d’endettement. Une entreprise confrontée à une demande insuffisante peut, de son côté, ralentir ses recrutements. Le ralentissement économique devient alors auto-entretenu par la prudence des agents économiques.

À cette faiblesse intérieure s’ajoute un environnement international particulièrement incertain. L’OFCE estime que les tensions géopolitiques et commerciales continuent de peser sur l’économie française. L’économiste Éric Heyer estime que ces facteurs retireraient environ 0,1 point de PIB à l’activité, tandis que les différents freins identifiés représenteraient au total environ 0,8 point de croissance. L’inflation constitue cependant un point de différenciation majeur par rapport à 2022-2023. Selon l’OFCE, elle devrait atteindre environ 2,1 % en 2026 puis 2 % en 2027 dans l’hypothèse où les prix du pétrole et du gaz restent à des niveaux élevés mais stabilisés. La France ne se trouve donc pas face à un nouveau choc inflationniste comparable à celui observé quelques années plus tôt. Elle évolue plutôt dans une configuration de croissance faible, de demande insuffisante et de pression budgétaire. Et c’est précisément cette combinaison qui rend la situation délicate.

La politique budgétaire ne peut plus jouer le même rôle de soutien qu’au cours des crises précédentes. La France doit désormais réduire son déficit alors que le niveau de dette publique continue de progresser. Dans ses prévisions d’avril 2026, l’OFCE estimait que la dette publique au sens de Maastricht pourrait atteindre 118,3 % du PIB en 2026 puis 119,8 % en 2027. Le déficit public resterait quant à lui à 4,8 % du PIB en 2026 puis 4,4 % en 2027 dans ce scénario. Le problème est donc double : la France doit réduire son déficit alors même que cette consolidation budgétaire pèse sur la croissance. Selon l’OFCE, les mesures budgétaires prévues pour 2026 amputeraient la croissance de 0,5 point de PIB. Pour 2027, l’impact pourrait atteindre 0,6 point dans le scénario retenu par l’institut. Autrement dit, la France doit freiner son économie pour stabiliser progressivement ses finances publiques, alors même que son économie manque déjà de dynamisme.

La contrainte devient encore plus forte avec le coût de la dette. L’OFCE estime que la charge d’intérêts passerait de 2,2 % du PIB en 2025 à 2,4 % en 2026 puis 2,6 % en 2027. C’est probablement l’un des chiffres les plus importants pour comprendre la situation française. Chaque hausse durable du coût de financement de l’État réduit mécaniquement les marges de manœuvre budgétaires. Les sommes consacrées au paiement des intérêts ne peuvent pas être utilisées pour financer d’autres politiques publiques. Et plus la dette est élevée, plus la sensibilité aux conditions de financement devient importante. La France entre ainsi dans une période où le niveau des taux souverains, la confiance des investisseurs, la trajectoire du déficit et la croissance du PIB sont étroitement liés.

L’œil de l’expert

Le diagnostic de l’OFCE mérite d’être pris au sérieux, mais il faut éviter une lecture excessivement alarmiste. La France n’est pas aujourd’hui dans une situation comparable à celle d’une économie entrant brutalement en récession. L’industrie résiste dans certains segments, l’inflation reste relativement maîtrisée et l’activité continue de progresser dans une grande partie de l’économie. Le véritable problème est ailleurs. La France risque surtout de s’installer durablement dans une croissance trop faible pour permettre de résoudre ses problèmes structurels. C’est cette perspective qui m’inquiète davantage qu’un simple trimestre de croissance négative. Avec une croissance comprise autour de 0,5 % à 0,6 %, l’économie crée trop peu d’activité pour absorber la progression de la population active. Avec un investissement insuffisant, la productivité progresse moins rapidement. Avec une dette publique proche de 120 % du PIB, la politique budgétaire dispose de moins de marges de manœuvre. Et avec une consolidation budgétaire nécessaire, l’État ne peut plus soutenir l’activité comme il l’a fait lors des grandes crises précédentes. Nous sommes donc face à une équation particulièrement délicate. Il faut réduire les déficits sans casser davantage la croissance. Il faut soutenir l’investissement sans creuser encore la dette. Il faut préserver le pouvoir d’achat sans alimenter les dépenses publiques. Il faut financer la transition énergétique et industrielle, renforcer la défense, accompagner les entreprises et maintenir la protection sociale, tout en maîtrisant la dépense publique. C’est précisément pour cette raison que 2027 sera une année déterminante.

Written by
Fabien Monvoisin

Des années d’expérience et d’expertises financières, Fabien MONVOISIN est PDG du Groupe Win’Up composé de 4 enseignes spécialisées dans le regroupement de crédits, son ambition aujourd’hui est de décrypter l’actualité économique et financière dans l’objectif d’éclairer tous les Français

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