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Factures d’énergie : un Français sur trois en difficulté

Le poids du chauffage
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Les factures d’électricité et de gaz continuent de fragiliser les finances des ménages français. Selon le baromètre énergie-info 2026 du Médiateur national de l’énergie, publié le 3 novembre, 34 % des foyers interrogés déclarent avoir rencontré des difficultés pour payer certaines factures d’énergie au cours des douze derniers mois. Si cet indicateur recule légèrement par rapport aux 36 % enregistrés en 2025, il reste très supérieur à son niveau d’avant-crise énergétique. Dans le même temps, 86 % des ménages estiment que leurs dépenses d’énergie pèsent lourdement sur leur budget. Au-delà des tarifs de l’électricité et du gaz, ces résultats mettent en lumière une difficulté plus profonde : celle de préserver le reste à vivre lorsque les dépenses contraintes absorbent une part croissante des revenus.

La précarité énergétique qui menace les ménages français

Le constat dressé par le Médiateur national de l’énergie témoigne d’une fragilité persistante du pouvoir d’achat en France. Réalisée en septembre 2026 auprès de 2 000 foyers représentatifs de la population métropolitaine, cette huitième édition du baromètre annuel montre que les difficultés de paiement des factures énergétiques restent installées à un niveau élevé. En 2020, seuls 18 % des ménages déclaraient avoir rencontré ce type de problème. Six ans plus tard, près d’un foyer sur trois se retrouve confronté à cette situation. Pour les finances personnelles, l’enjeu dépasse désormais la seule évolution des tarifs : il concerne la capacité à absorber les dépenses indispensables sans sacrifier les autres postes du budget familial. Les jeunes adultes apparaissent particulièrement exposés, puisque 55 % des moins de 35 ans interrogés déclarent avoir éprouvé des difficultés à régler leurs factures. Chez les commerçants, cette proportion atteint 77 %, signe que les tensions financières peuvent également toucher des professionnels dont les revenus sont parfois irréguliers. L’inquiétude est largement partagée : 89 % des foyers se disent préoccupés par leur consommation d’énergie, tandis que 86 % considèrent que les factures représentent une charge importante pour leur budget. Ce dernier indicateur atteint son niveau le plus élevé depuis la création de la série statistique en 2007, selon le Médiateur national de l’énergie. Ces résultats prolongent les alertes précédentes sur la situation financière des ménages. Dans un précédent article consacré à la progression de la précarité énergétique, CreditNews analysait déjà les difficultés rencontrées par les Français face aux dépenses de chauffage et d’électricité : « Précarité énergétique : un tiers des Français désormais incapables de payer leurs factures ». Un an plus tard, les chiffres confirment la persistance du phénomène, malgré un léger recul de la proportion de ménages déclarant des difficultés de paiement.

La hausse des dépenses énergétiques se traduit aussi par des arbitrages de consommation qui affectent directement les conditions de vie. Près de trois foyers sur quatre ont réduit leur chauffage durant l’hiver précédent afin de limiter leurs dépenses. La moitié des ménages déclare même avoir souffert du froid pendant au moins 24 heures dans son logement. Cette sobriété contrainte révèle les limites des ajustements budgétaires : lorsque les dépenses incompressibles deviennent trop lourdes, les ménages ne peuvent plus seulement réduire leurs achats de loisirs ou différer un projet. Ils finissent par restreindre leur consommation d’un service essentiel. Cette pression intervient alors que les dépenses énergétiques s’ajoutent aux autres charges récurrentes, notamment le logement, les assurances, les transports et les remboursements de crédits. Pour certains foyers, l’accumulation de ces prélèvements réduit la marge disponible pour faire face à un imprévu ou financer un projet. Le risque est alors celui d’un déséquilibre budgétaire durable, particulièrement lorsque les revenus stagnent ou que les ressources varient d’un mois à l’autre. La situation invite également à examiner les solutions susceptibles d’alléger les dépenses contraintes. Dans son article consacré aux évolutions du pouvoir d’achat au 1er février 2026, CreditNews revenait sur les ajustements tarifaires et leurs effets concrets sur le budget des ménages. Les économies ponctuelles sur certains postes peuvent apporter un répit, mais elles ne suffisent pas nécessairement à compenser l’accumulation des charges. Le changement de fournisseur d’énergie, la comparaison des offres et l’adaptation des habitudes de consommation constituent des leviers à examiner, à condition de tenir compte des besoins réels du foyer et des caractéristiques de son contrat. Les travaux de rénovation énergétique peuvent, eux aussi, réduire les consommations à long terme, mais leur coût initial représente un obstacle important pour les ménages les plus fragiles. L’installation d’une pompe à chaleur, par exemple, peut nécessiter un investissement de l’ordre de 10 000 à 15 000 euros, selon les indications rapportées dans le cadre du baromètre. Or, financer de tels travaux devient difficile lorsque les factures courantes absorbent déjà une part importante des revenus. La question énergétique rejoint ainsi celle de l’accès au financement : les ménages qui auraient le plus besoin d’améliorer la performance de leur logement ne disposent pas toujours de la capacité financière nécessaire pour engager les travaux. Dans ce contexte, l’accompagnement budgétaire et l’accès aux dispositifs d’aide peuvent contribuer à prévenir l’aggravation des difficultés. En cas de litige persistant avec un fournisseur, le Médiateur national de l’énergie rappelle également qu’un recours gratuit à la médiation est possible après une première réclamation auprès du service client. Mais pour les foyers confrontés à des impayés récurrents, l’enjeu consiste surtout à intervenir suffisamment tôt pour éviter que les dettes ne s’accumulent et ne compromettent davantage l’équilibre financier du ménage.

L’œil de l’expert

Le baromètre 2026 du Médiateur national de l’énergie met en évidence une réalité économique qui dépasse le seul marché de l’électricité et du gaz : la capacité des ménages à absorber leurs dépenses contraintes demeure un enjeu central du pouvoir d’achat. Le léger recul des difficultés de paiement, de 36 % à 34 % en un an, ne constitue pas encore un retour à la normale. La persistance d’un niveau élevé de préoccupation montre que les arbitrages budgétaires restent difficiles pour une part importante de la population. Pour les acteurs économiques comme pour les pouvoirs publics, la réponse ne peut donc pas reposer uniquement sur des mesures ponctuelles. Elle suppose de faciliter l’accès aux aides, de rendre les offres énergétiques plus lisibles et d’encourager les investissements permettant de réduire durablement les consommations. Elle implique également de mieux prendre en compte les effets cumulés des dépenses contraintes sur la solvabilité des ménages. Car lorsqu’un foyer doit choisir entre se chauffer correctement, régler ses autres charges et conserver une marge financière pour les imprévus, sa capacité à consommer, à épargner et à investir se trouve mécaniquement réduite. La précarité énergétique est ainsi autant un indicateur de fragilité sociale qu’un révélateur des tensions qui pèsent sur les finances personnelles et l’économie française.

Written by
Fabien Monvoisin

Des années d’expérience et d’expertises financières, Fabien MONVOISIN est PDG du Groupe Win’Up composé de 4 enseignes spécialisées dans le regroupement de crédits, son ambition aujourd’hui est de décrypter l’actualité économique et financière dans l’objectif d’éclairer tous les Français

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