Le retour brutal du froid hivernal rappelle une réalité souvent sous-estimée : la dépendance structurelle de l’économie française à l’électricité en période de grand froid. Début janvier, la consommation nationale a franchi un seuil hautement symbolique, révélant à la fois la robustesse du système énergétique… et ses zones de fragilité. Selon les données du gestionnaire du réseau, la demande d’électricité a atteint un niveau inédit depuis près de sept ans, dans un contexte météorologique dégradé et à forts enjeux économiques.
⚡ Pic de consommation : un stress-test grandeur nature
Sous l’effet conjugué du refroidissement généralisé et de l’intensification du chauffage électrique, la demande d’électricité en France a dépassé les 90 gigawatts mardi matin. Un niveau qui n’avait plus été observé depuis février 2018, d’après les chiffres de RTE consultés par l’AFP. Sans atteindre le record absolu de 102 GW enregistré en février 2012, ce pic constitue néanmoins un signal fort pour les marchés de l’énergie.
À titre de comparaison, le maximum constaté en 2025 s’était limité à 87 GW. Cette accélération soudaine met en lumière la sensibilité extrême de la consommation électrique aux aléas climatiques, un paramètre central pour la formation des prix de gros et la stratégie des producteurs. Plus la demande grimpe rapidement, plus le recours aux moyens de production pilotables — souvent plus coûteux — devient nécessaire, ce qui renchérit mécaniquement le coût marginal de l’électricité.
🔥 Gaz, transports, logistique : un impact économique en cascade
La tension ne s’est pas limitée à l’électricité. GRDF a indiqué une puissance délivrée par le réseau gazier de 125 GW, un sommet inégalé depuis trois ans. Les centrales à gaz ont tourné à plein régime, confirmant leur rôle d’amortisseur indispensable lors des pointes hivernales, mais aussi leur poids dans la facture énergétique nationale.
Au-delà du secteur de l’énergie, les conséquences économiques s’étendent aux transports et à la logistique, secteurs particulièrement sensibles aux épisodes de neige et de verglas. Météo-France a placé 38 départements en vigilance orange, tandis que le ministre des Transports, Philippe Tabarot, a appelé à limiter les déplacements en Île-de-France. Bus et cars pourraient être « fortement perturbés, voire à l’arrêt », selon Île-de-France Mobilités.
Dans l’aérien, jusqu’à 40 % des vols ont été annulés à Paris-Charles-de-Gaulle sur certaines plages horaires, et la SNCF a mis en œuvre des interruptions préventives sur plusieurs axes. Autant de perturbations qui génèrent des coûts indirects significatifs pour les entreprises, entre retards de production, absentéisme et désorganisation des chaînes d’approvisionnement.
👁️ L’œil de l’expert
Cet épisode hivernal agit comme un révélateur économique. Il souligne la solidité du système énergétique français, capable d’absorber une demande exceptionnelle, mais aussi sa dépendance persistante aux énergies fossiles d’appoint, notamment le gaz. À moyen terme, ces pics de consommation interrogent la trajectoire de transition énergétique et la capacité du réseau à faire face à des chocs climatiques plus fréquents. Pour les pouvoirs publics comme pour les investisseurs, l’enjeu est clair : sécuriser l’approvisionnement tout en maîtrisant les coûts, dans un contexte où chaque degré en moins peut désormais peser lourd sur l’équilibre économique national.





