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Consommation des ménages : le rebond du troisième trimestre masque un coup de frein en septembre

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La consommation française résiste, mais le moteur commence à tousser. Selon les données publiées par l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) le 30 octobre 2026, les dépenses des ménages en biens ont reculé de 0,5 % en septembre, après une baisse équivalente en août. Sur l’ensemble du troisième trimestre, elles progressent néanmoins de 0,4 %, après une hausse de 0,2 % au deuxième trimestre. Ce contraste résume les fragilités de la conjoncture : malgré un bilan trimestriel positif, les achats alimentaires et les biens manufacturés se replient en septembre, tandis que les dépenses énergétiques augmentent légèrement. Dans un contexte marqué par le retour de l’inflation et un moral des ménages en baisse, cette évolution pose une question centrale pour l’économie française : la consommation pourra-t-elle continuer à soutenir l’activité alors que les Français restent confrontés à des dépenses contraintes élevées et à une incertitude croissante sur leur pouvoir d’achat ?

Ce recul de septembre qui fragilise la reprise économique

Le repli de septembre mérite d’être analysé au-delà de son seul résultat mensuel. Les dépenses de consommation en biens ont diminué de 0,5 %, sous l’effet notamment d’une baisse de 1,1 % des achats de biens fabriqués et d’un recul de 0,2 % de la consommation alimentaire. Les dépenses énergétiques ont, en revanche, progressé de 0,2 %, après une forte contraction en août. Sur l’ensemble du troisième trimestre, la situation apparaît plus favorable : la consommation en biens augmente de 0,4 %, portée notamment par une progression de 1,2 % des dépenses énergétiques. Les achats de biens fabriqués progressent plus modestement, de 0,3 %, tandis que la consommation alimentaire reste stable. Cette composition est essentielle pour comprendre la dynamique réelle du marché. Une progression des dépenses ne signifie pas nécessairement que les ménages retrouvent une plus grande liberté de consommation. Lorsque l’énergie contribue fortement à la hausse, une partie du budget supplémentaire mobilisé correspond à des besoins difficiles à différer, plutôt qu’à de nouveaux achats de confort ou à des projets d’équipement. Pour les entreprises, la différence est importante : la demande adressée à certains secteurs peut rester faible même lorsque l’indicateur global de consommation progresse. Le contexte économique renforce cette prudence. Dans son tableau de bord conjoncturel publié le 27 octobre, l’Insee indique que l’indicateur de confiance des ménages est tombé à 80 en octobre, soit cinq points de moins qu’en septembre. Ce niveau traduit une dégradation marquée du moral des consommateurs. Or, la confiance joue un rôle déterminant dans les décisions d’achat de biens durables, comme les voitures, les meubles ou les équipements électroménagers, mais aussi dans les arbitrages concernant les vacances, les loisirs et les travaux. Lorsqu’ils anticipent une dégradation de leur situation financière, les ménages peuvent repousser les achats importants, conserver davantage d’épargne de précaution ou se tourner vers des produits moins coûteux. Ce comportement pèse directement sur les perspectives de chiffre d’affaires des distributeurs et des industriels. Il s’inscrit également dans un contexte inflationniste plus tendu : selon l’Insee, les prix à la consommation ont augmenté de 3,1 % sur un an en septembre, tandis que l’estimation provisoire d’octobre fait état d’une nouvelle accélération à 3,4 %. Cette remontée des prix peut limiter le budget disponible après paiement des dépenses courantes, même lorsque les revenus nominaux progressent. CreditNews avait déjà mis en lumière ces tensions dans son analyse « Consommation des ménages : le recul d’août 2026 fragilise la reprise économique ». Le nouveau recul de septembre confirme que le redressement de la demande reste fragile et que les variations mensuelles doivent être interprétées avec prudence. Le phénomène rejoint aussi les conclusions de l’article « Pouvoir d’achat : 89 % des Français inquiets, pourquoi la consommation des ménages menace de ralentir ? ». Selon le baromètre « Du pouvoir d’achat au vouloir d’achat », réalisé par OpinionWay pour Bonial auprès de 1 001 personnes interrogées les 9 et 10 septembre 2026, 89 % des répondants déclaraient un état d’esprit négatif concernant leur pouvoir d’achat. Ce résultat ne constitue pas une mesure statistique des dépenses effectives, mais il éclaire le climat dans lequel les ménages prennent leurs décisions. La consommation dépend en effet autant des ressources disponibles que de la confiance dans l’avenir et de la volonté de dépenser. Pour les entreprises, la conséquence peut être une demande plus sélective, une concurrence accrue sur les prix et des difficultés à écouler certains produits. Pour l’économie française, le risque est celui d’un cercle de prudence : des ménages qui reportent leurs achats, des entreprises qui voient leurs ventes ralentir et des investissements qui peinent à repartir. La situation est d’autant plus importante que la consommation constitue l’un des principaux moteurs de la demande intérieure. Si elle se maintient, elle peut amortir les effets du ralentissement d’autres composantes de l’activité. Si elle s’essouffle durablement, elle risque au contraire d’amplifier les difficultés économiques. Les données de septembre ne suffisent pas à établir un retournement durable, mais elles rappellent que la progression du troisième trimestre ne doit pas masquer la fragilité des comportements d’achat. Le marché du crédit est également concerné. Les ménages qui consacrent une part croissante de leurs revenus aux dépenses courantes disposent de moins de marge pour financer une voiture, des travaux ou un projet immobilier. Les banques, de leur côté, évaluent la capacité de remboursement en tenant compte des revenus, des charges récurrentes, du taux d’endettement et du reste à vivre. Un environnement de consommation fragile peut donc se traduire par davantage de prudence dans les projets financés à crédit. Pour certains foyers déjà engagés dans plusieurs remboursements, un regroupement de crédits peut, sous réserve d’une étude personnalisée, permettre de réorganiser les mensualités. Cette solution peut toutefois allonger la durée de remboursement et augmenter le coût total : elle ne constitue donc pas une réponse systématique aux difficultés de pouvoir d’achat. À court terme, les prochains indicateurs permettront de déterminer si la baisse de septembre correspond à un simple ajustement mensuel ou si elle annonce un ralentissement plus durable de la demande des ménages.

L’œil de l’expert

La progression de 0,4 % de la consommation en biens au troisième trimestre est un signal positif, mais elle ne suffit pas à conclure à un redémarrage solide de la demande intérieure. Le recul de septembre, la baisse de la confiance des ménages et le retour de l’inflation montrent que les marges de manœuvre restent limitées. Le point de vigilance réside dans la nature des dépenses : lorsque l’énergie contribue davantage à la consommation, la hausse de l’indicateur ne traduit pas nécessairement une amélioration du confort financier des ménages. Pour les prochains mois, l’enjeu sera de vérifier si les achats de biens manufacturés retrouvent une dynamique durable et si les ménages se sentent suffisamment confiants pour concrétiser leurs projets. Les entreprises de la distribution, de l’automobile et de l’équipement de la maison seront particulièrement attentives à cette évolution, car leurs ventes dépendent fortement des arbitrages des consommateurs. Pour le secteur bancaire, la prudence des ménages invite également à surveiller la solvabilité des emprunteurs et leur capacité à absorber de nouvelles charges. La consommation française ne décroche pas encore, mais sa résistance demeure fragile. Si les prix continuent d’accélérer et si la confiance ne se redresse pas, le rebond trimestriel pourrait rapidement perdre de son élan. Le véritable indicateur à suivre sera donc moins la performance isolée d’un trimestre que la capacité des ménages à maintenir leurs dépenses sans fragiliser davantage leur budget.

Written by
Fabien Monvoisin

Des années d’expérience et d’expertises financières, Fabien MONVOISIN est PDG du Groupe Win’Up composé de 4 enseignes spécialisées dans le regroupement de crédits, son ambition aujourd’hui est de décrypter l’actualité économique et financière dans l’objectif d’éclairer tous les Français

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