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43 % des moins de 25 ans défient le modèle social français

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Le rapport au travail se transforme en France, et les jeunes actifs expriment un malaise qui dépasse la seule question du salaire. Près de 43 % des moins de 25 ans interrogés déclarent ressentir une forte frustration dans leur vie professionnelle, selon le « Seum-o-mètre » réalisé par Chance.co en août et septembre 2026 auprès de 18 065 actifs. Publiés par Social Mag le 17 octobre, ces résultats mettent en évidence un écart générationnel marqué : la proportion mesurée chez les actifs de 55 ans et plus s’établit à 23,6 %. Derrière ces chiffres se dessine une interrogation économique majeure : quelle confiance les nouvelles générations accordent-elles à un modèle dans lequel l’emploi reste central pour accéder à un revenu stable, se loger, épargner et préparer leur retraite ? Alors que les entreprises cherchent à attirer et fidéliser les compétences, cette défiance peut aussi peser sur l’engagement au travail, les choix de carrière et les perspectives de recrutement.

Malaise des jeunes au travail

L’un des enseignements les plus significatifs de l’enquête tient au doute exprimé sur la durée de la vie professionnelle. Selon Chance.co, 31 % des actifs interrogés se demandent si leur vie professionnelle ressemblera à leur situation actuelle pendant les trente prochaines années. Cette inquiétude est particulièrement présente chez les 25-34 ans, avec 35,9 % des répondants concernés, et chez les 35-44 ans, à 34,9 %. L’insatisfaction ne se limite donc pas aux premiers pas dans l’emploi : elle traverse aussi des générations déjà engagées dans leur carrière. Ces résultats doivent être lus pour ce qu’ils sont : les déclarations des personnes ayant participé à l’enquête, et non une mesure exhaustive de l’opinion de l’ensemble des actifs français. Ils constituent néanmoins un signal intéressant sur les attentes professionnelles et les inquiétudes économiques d’une partie de la population. Pour les plus jeunes, la question du sens du travail se combine à des préoccupations très concrètes : niveau de rémunération, stabilité du contrat, accès au logement, capacité à constituer une épargne et perspectives d’évolution. Un emploi ne garantit pas automatiquement une autonomie financière lorsque le coût du logement et les dépenses courantes absorbent une part importante du revenu disponible. Le sentiment de déclassement peut alors s’installer, même chez des personnes en activité. Cette tension se retrouve dans les arbitrages professionnels : certains salariés recherchent davantage de flexibilité, envisagent une reconversion ou privilégient un meilleur équilibre entre vie privée et vie professionnelle. D’après l’enquête relayée par Social Mag, 25,4 % des jeunes salariés interrogés envisageraient une reconversion radicale. Ce chiffre traduit une aspiration déclarée, mais ne signifie pas que tous ces répondants passeront effectivement à l’acte. Pour les entreprises, le sujet devient stratégique. Le recrutement ne dépend plus uniquement du salaire proposé : les perspectives de progression, la reconnaissance, les conditions de travail et la qualité du management peuvent également peser dans la décision de rejoindre une organisation ou d’y rester. Dans les secteurs confrontés à des difficultés de recrutement, ignorer ces attentes peut augmenter le coût du turnover et fragiliser la continuité de l’activité. La fidélisation des salariés relève donc aussi d’un enjeu économique, au même titre que la formation et la gestion des compétences. La question financière demeure centrale. Le travail constitue la principale source de revenus de nombreux ménages, mais il ne suffit pas toujours à sécuriser un parcours patrimonial. L’accès à la propriété, la constitution d’une épargne de précaution ou la préparation de la retraite peuvent sembler difficiles lorsque les revenus progressent moins vite que les dépenses contraintes. Dans un article consacré à la situation des actifs, CreditNews.fr analyse pourquoi une partie de la France qui travaille peine à améliorer son niveau de vie. Ce décalage entre activité professionnelle et sécurité financière contribue à alimenter le débat sur la promesse sociale associée à l’emploi. Les jeunes générations sont également confrontées à des trajectoires moins linéaires : contrats courts, périodes de formation, reconversions et changements de secteur peuvent retarder la stabilisation des revenus. L’inquiétude ne porte donc pas seulement sur le poste occupé aujourd’hui, mais sur la capacité à se projeter dans la durée. Cette fragilité peut aussi avoir des conséquences sur le recours au crédit. Des revenus irréguliers ou une visibilité limitée sur l’avenir compliquent la préparation d’un achat immobilier et la constitution d’un apport, tandis qu’un budget déjà tendu laisse moins de marge pour absorber un imprévu. CreditNews a également consacré une analyse à la progression du surendettement chez les 18-29 ans, un sujet qui souligne l’importance de la stabilité financière au début de la vie adulte. Il ne s’agit pas d’établir un lien automatique entre insatisfaction professionnelle et difficultés financières, mais de rappeler que les deux enjeux peuvent se rejoindre lorsque les revenus, les dépenses et les perspectives d’emploi rendent l’avenir moins prévisible. Le défi pour les pouvoirs publics et les entreprises consiste dès lors à dépasser les réponses générales sur la motivation au travail. L’orientation professionnelle, la formation continue, la mobilité interne et l’accès à des rémunérations cohérentes avec les compétences peuvent contribuer à redonner des perspectives. À l’échelle individuelle, une reconversion peut ouvrir de nouvelles possibilités, mais elle nécessite souvent d’anticiper une période de transition, de mesurer l’impact sur les revenus et de sécuriser le financement du projet. Le malaise exprimé par les jeunes actifs ne doit donc être ni minimisé ni interprété comme un rejet uniforme du travail. Il invite plutôt à examiner les conditions dans lesquelles une activité professionnelle permet réellement de construire une trajectoire durable.

L’œil de l’expert

Les résultats du « Seum-o-mètre » mettent en lumière une question essentielle pour l’économie française : la capacité du travail à offrir des perspectives suffisamment lisibles pour que les actifs puissent se projeter dans l’avenir. La rémunération reste déterminante, mais elle ne résume pas les attentes. La stabilité de l’emploi, la reconnaissance des compétences, les possibilités d’évolution et l’équilibre de vie participent également à l’attractivité d’une entreprise. Pour les employeurs, le risque est de traiter ce malaise comme un simple problème de motivation, alors qu’il peut traduire des préoccupations plus profondes sur le niveau de vie et les perspectives de carrière. Pour les pouvoirs publics, l’enjeu consiste à rendre l’orientation et la formation accessibles tout au long de la vie professionnelle, sans faire peser sur les seuls individus la responsabilité de s’adapter. Le véritable indicateur de confiance dans le modèle social ne sera pas seulement le taux d’emploi, mais aussi la possibilité, pour ceux qui travaillent, de vivre de leurs revenus et de construire un avenir crédible. Cette enquête ne suffit pas à elle seule à mesurer l’état d’esprit de toute une génération, mais elle constitue un signal à prendre au sérieux dans un contexte où l’emploi, le pouvoir d’achat et la mobilité sociale restent étroitement liés.

Written by
Fabien Monvoisin

Des années d’expérience et d’expertises financières, Fabien MONVOISIN est PDG du Groupe Win’Up composé de 4 enseignes spécialisées dans le regroupement de crédits, son ambition aujourd’hui est de décrypter l’actualité économique et financière dans l’objectif d’éclairer tous les Français

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